Renoncer au naturel, ces choses là, le naturel, les idées crétines de la fausse modernité, cette obligation qu'on croit pouvoir nous faire, tout dire, se raconter tous les matins, se répandre et s'étaler partout, exposer ses petits riens et vouloir croire qu'il s'agit de notre âme, ce qu'il en reste. Non. Renoncer, garder pour soi, être sur sa réserve, ne donner qu'en toute connaissance.
N'avouer que les vrais secrets, juste dire l'essentiel, et pas toujours tristes nos secrets. N'avouer qu'une fois, la première, et ne plus répéter, se complaire, pas compris, mal entendu, dommage et tant pis, ne pas ressasser, en faire petit commerce. Tricher en silence, mentir avec courtoisie et ne s'abandonner aux confidences qu'auprès des vraies belles personnes, celles-là douces et généreuses.
Aller notre chemin, être désirés pour de mauvaises raisons, pardonnés aujourd'hui pour d'anciens souvenirs heureux ou encore, ce sera bien aussi, être détestés pour quelques malentendus imbéciles. Ne rien démentir, jamais.
Ne plus avoir peur, ou faire semblant, et devant tant de faux-semblants, finir par gagner l'apaisement nécessaire, ou tenter au moins de fuir la peur de la peur, éliminer juste celle-là, ne plus se laisser faire noyer ses démons, garder le sourire.
J. L. Lagarce
